Millstone quarries along the Mediterranean coast: chronology, morphological variability and relationships with past sea levels

Le littoral méditerranéen recèle plusieurs vestiges d’anciennes carrières côtières, aujourd’hui précieux pour l’étude des variations du niveau marin au cours des derniers millénaires. Exploitées selon des techniques d’extraction similaires à partir de roches telles que les grès de plage, les grès ou des lithologies analogues, les meules étaient taillées pour moudre les olives, les graines et le blé, produire de l’huile et de la farine, ou encore concasser les roches tendres. Cette étude combine sources historiques, photographies aériennes, relevés de terrain et modélisation paléoenvironnementale du niveau marin afin d’analyser plusieurs carrières de meules et d’évaluer les variations du niveau marin survenues depuis leur abandon. Nous avons étudié leur chronologie, leur distribution spatiale et leur relation spatiale avec le niveau de la mer. Nos résultats indiquent que la plupart de ces carrières ont été creusées à proximité du niveau de la mer entre 1 450 et 250 ans avant le présent (cal BP), principalement autour de 450 ans avant le présent (cal BP). Malgré les incertitudes liées à la chronologie, nous avons constaté une bonne concordance entre leur altitude la plus basse (entre 0,33 m et −0,06 m) et les paléo-niveaux de la mer, tels que prédits par les modèles GIA.

Making Choices in a Neolithic Landscape : Raw Materials and Ground Stone Technology in Neolithic Avgi, Northwestern Greece. Tasos Bekiaris, Christos Stergiou, and Stella Theodoridou

Les objets en pierre polie constituent un élément matériel indispensable et essentiel de la vie néolithique. Pendant longtemps, l’intérêt archéologique pour ces artefacts s’est limité à leur description techno-morphologique, sans les intégrer pleinement aux pratiques technologiques et sociales néolithiques. Les fouilles du site néolithique d’Avgi (env. 5650-4500 av. J.-C.), dans la région de Kastoria, au nord-ouest de la Grèce, ont mis au jour l’un des plus importants ensembles d’objets en pierre polie connus du Néolithique grec. Plus de 8 000 outils et objets en pierre polie, matières premières et sous-produits constituent un témoignage précieux pour l’étude de la technologie de la pierre polie dans le contexte d’une communauté néolithique. Cet article porte sur la sélection des roches et minéraux utilisés pour la production d’artefacts en pierre polie à Avgi. La disponibilité de matières premières variées, telles que grès, calcaires, marnes, conglomérats et ophiolites, à proximité du site néolithique, ainsi que l’importance du site archéologique, permettent une analyse approfondie des choix technologiques opérés lors des différentes étapes de la fabrication de la pierre polie. En associant des types d’outils spécifiques, comme les meules, les abrasifs, les outils à percussion, les outils tranchants et les têtes de massues, à différentes matières premières, nous explorons la perception des propriétés physiques des roches par les populations néolithiques. De plus, nous étudions les différents critères qui ont guidé la sélection des matériaux et la production de la pierre polie. Cet article suggère qu’il s’agissait de procédés technologiques complexes et que les choix humains n’étaient pas uniquement déterminés par des facteurs environnementaux ou simplement « pratiques » (à savoir la proximité et la disponibilité des ressources, la pertinence et la facilité de travail des roches), mais qu’ils étaient plutôt façonnés et mis en pratique en fonction de divers aspects sociaux (à savoir la participation à des réseaux sociaux, les traditions technologiques, l’esthétique et les valeurs symboliques).

Methodology of millstone study in France : Neolithic to the Middle Ages. Méthodologie d’étude des meules en France : du Néolithique au Moyen Âge.

Les recherches sur les outils de broyage du Néolithique au Moyen Âge en France se sont multipliées ces dernières années. Cet article présente les dernières méthodes mises au point par les archéologues et les géologues pour la récupération des meules sur le terrain, l’établissement d’un glossaire de terminologie spécialisée, les conventions de dessin et la création d’un formulaire d’enregistrement pour une base de données de meules à selle et rotatives, ainsi que de types de roches.

De meilleures meules pour un meilleur pain. Approche interdisciplinaire d’un progrès oublié. Alain Belmont

Dans Dix-septième siècle
Dix-septième siècle 2007/1 (n° 234)
2007/1 (n° 234), pages 157 à 167
Éditions Presses Universitaires de France
Presses Universitaires de France
ISSN 0012-4273
ISBN 9782130560531
DOI 10.3917/dss.071.015

https://www.cairn.info/revue-dix-septieme-siecle-2007-1-page-157.htm&wt.src=pdf

Parmi toutes sortes de maladies dont pouvaient souffrir les Français du Grand Siècle, il en est une qui ne viendrait pas immédiatement à l’esprit :

Les meules d’autour de Tholose, ainsi que Guillandin expose, se font d’un cailloux sablonneux, plein d’un animal vénéneux, qui n’est qu’une rouge grenouille, plus petite qu’une citrouille, qu’on doit tirer auparavant : car cet animal se crevant empoisonneroit la farine, qui vaudroit pire que famine. [1]

 

L’auteur de cette mise en garde, Claude-Denis du Four de La Crespelière, a peut-être exagéré les risques des meules utilisées dans les moulins toulousains. Parues en 1671, ses rimes n’en reflètent pas moins une crainte fondée : du fait de la mauvaise qualité des roches utilisées par les meuniers, le pain pouvait entraîner des troubles sanitaires parmi la population. C’est à l’origine de ces troubles, à leurs manifestations et surtout aux remèdes employés pour les réduire – la quête de meules exemptes de tout défaut – que les pages qui vont suivre seront consacrées. Elles retracent une révolution alimentaire qui, pour être importante, n’en a pas pour autant marqué les mémoires.

Mouture de subsistance, d’appoint et artisanat alimentaire de rendement. Les meules gallo-romaines entre villes et campagnes dans le nord de la Gaule. Paul Picavet.

L’étude des meules en est à ses balbutiements dans le nord de la France, mais connaît actuellement une dynamique forte en France, sous l’impulsion du
Groupe Meule, rassemblé autour du PCR « Évolution
typologique et technique des meules du Néolithique à
l’An Mille » (dir. L. Jaccottey et C. Hamon).
Les travaux menés dans les différentes régions
abordent essentiellement les aspects typologiques,
techniques et pétrographiques ; ils commencent à
concerner les problématiques liées au contexte de
découverte des moulins. Il fallait en effet connaître en
détail leur morphologie pour ensuite établir leur place
au sein du mobilier domestique ou artisanal dans
l’Antiquité. Ce travail tente d’apporter quelques élé
ments de réflexion, en proposant une caractérisation
de la consommation de biens de transformation ali
mentaire, les meules, à travers une série d’études de
cas.
Si ce colloque s’intéresse principalement au monde
rural, l’étude paraîtrait tronquée si le milieu urbain en
était totalement exclu. C’est pourquoi la ville
d’Amiens et le camp militaire de la Rue Baudimont à
Arras y sont intégrés pour comparaison. Les sites de
consommation sont choisis pour leur cohérence géo
graphique (Nord, Pas-de-Calais et Somme, fig. 1), et
pour la représentativité de leur matériel de mouture.

Des meulières en bord de Meuse : exploitation et transport du Poudingue de Burnot autour de la conquête romaine. Paul Picavet, Dominique Daoust, Gilles Fronteau, Éric Goemaere & Sibrecht Reniere

Au début du XXe s., le dragage d’une cargaison d’ébauches de meules au fond de la Meuse en amont de Namur évoquait la production de petites meules rotatives manuelles dans la formation lithostratigraphique du Poudingue de Burnot (Emsien/Eifélien). Cette découverte révélait aussi leur transport sous une forme semi-finie jusqu’à un atelier probablement situé dans la ville de Namur. Plus récemment, l’archéologue amateur Dominique Daoust découvrait d’anciennes carrières dans le Bois des Acremonts et dans le Bois de Nîmes à Lustin (Namur, Belgique). Il identifia plusieurs dizaines d’ébauches de meules rotatives manuelles dont les dimensions évoquent une datation gauloise et/ou gallo-romaine précoce (autour d’une quarantaine de centimètres, parfois moins). Leur travail d’analyse (en cours) permet aujourd’hui d’identifier les modalités de l’exploitation de cette roche autour de la vallée de la Meuse à ces périodes anciennes. Aujourd’hui à la faveur d’une archéologie préventive dynamique et à l’issue de deux thèses de doctorat (Paul Picavet à Lille et Sibrecht Reniere à Gand), l’enregistrement de produits finis sur de nombreux sites archéologiques de consommation dans le nord de la France et en Belgique permet d’observer leur répartition en Gaule du nord tout en fournissant des appuis chronologiques solides. Recensées entre La Tène finale et le Haut-Empire romain, les meules en Poudingue de Burnot occupent ainsi une aire de répartition située entre celle des productions des carrières dites de Macquenoise à l’ouest (Hirson/Macquenoise, Aisne/Hainaut) et celle des productions de l’Eifel à l’est (Mayen, Rhénanie‑Palatinat). La roche peut de nos jours être observée dans le pavement des quais de la Sambre à Namur.