La littérature archéologique consacrée à l’outillage lithique (au sens large : outils, instruments, ustensiles) des âges des Métaux est peu
abondante� Les publications de corpus de tailles variées ne sont pas rares (Jacobi 1974, Pouenat, Vernet 2002), mais elles sont noyées dans des études de site. Les publications spéciiquement axées sur la thématique du lithique demeurent exceptionnelles (Ribaux 1986)� La place du mobilier lithique dans l’archéologie des âges des
métaux a toutefois connu une inlation récente, avec la création du groupe de recherche sur les outils de mouture� Depuis 2005, le Groupe Meule s’est constitué pour aborder les aspects techniques, économiques et sociaux des meules à va-et-vient et rotatives, démontrant tout l’intérêt d’une approche ine de ce type de mobilier (Buchsenschutz et al. 2011)� Les fouilles de ces 20 dernières années ont mis au jour des corpus importants d’outils lithiques, associés à des sites de travail du métal� La fouille
du Lycée militaire à Autun, en 1992-1993, a livré certainement le plus conséquent (252 pièces inventoriées représentant plus de 4,4 T), comprenant notamment une série de lourds blocs à cupule inconnus jusqu’alors (Chardron-Picault, Pernot 1999)� Les fouilles sur le Mont Beuvray ont également livré une quantité importante de ces objets, surtout sur les secteurs du Champlain et de la Côme Chaudron, autour des ateliers de transformation1 du métal (Guillaumet 2000, Guillaumet, Dungworth 2001, 2002, Guillaumet (dir) 2003, 2004, 2005, Guillaumet et al� 2007)� Une première approche de ce mobilier, notamment avec le corpus du Mont Beuvray conservé au Musée Rollin à Autun et au Centre archéologique européen de Bibracte (146 individus), la collection Berger provenant de l’oppidum de Stradonice (277 individus) et le corpus du Lycée militaire à Autun (252 individus), nous a montré l’ampleur du champ de recherche que représente l’outillage lithique des âges des 1 Les mots en gras renvoient au glossaire en in de volume.
Métaux� Sur l’ensemble des corpus réunis ici, les identiications fonctionnelles sont remarquablement variées : supports de frappe, abrasifs, outils d’aiguisage, outils de broyage, poids, lests, moules à bon creux, tablettes à fard, percuteurs, creusets, galets de cuisson, jetons, masses, marteaux, sans compter tous les objets pour lesquels nous n’avons pu identiier de fonction précise et les meules et mortiers exclus d’ofice. Ces objets entrent dans une variété de domaines d’activité probablement encore plus importante : agriculture, activités domestiques, activités militaires, boucherie, métallurgie, pêche, commerce… Un travail exhaustif sur l’outillage lithique était donc inenvisageable, car le sujet est beaucoup trop vaste� Nous avons alors recentré notre propos sur les principales catégories fonctionnelles représentées dans le corpus déjà réuni : les supports de frappe, les abrasifs et brunissoirs, les outils d’aiguisage et de broyage (hors meules et mortiers qui font déjà l’objet de travaux de recherche avancés)� En basant le choix de l’objet d’étude sur la fonction et non plus sur le critère du matériau, la rigueur commandait d’intégrer les autres matériaux représentés dans nos catégories fonctionnelles, à savoir le métal pour les supports de frappe et la céramique pour les abrasifs et les outils d’aiguisage, ain de privilégier une vision d’ensemble cohérente� Le mobilier rassemblé dans le corpus provient de plus de 90 « opérations archéologiques »� Une opération correspondre parfois à une simple découverte isolée et un même site peut faire l’objet de plusieurs opérations archéologiques : pour le Mont Beuvray, nous avons traité le mobilier de 21 opérations, correspondant à autant de secteurs de fouille� En plus des grands corpus déjà cités, nous avons intégré le mobilier de plusieurs opérations ayant livré des corpus plus restreints, comme le Faubourg d’Arroux à Autun (Saôneet-Loire ou la Peute Combe à Plombières-lèsDijon (Côte-d’Or) et de nombreux objets publiés dans la littérature archéologique, notamment des outils en métal� En tout, le mobilier lithique représente 836 individus, auxquels il faut ajouter 95 outils en métal, 6 en céramique et le corpus iconographique qui comprend 29 représentations d’outils ou de scènes de métiers� Les contextes de découverte sont inégalement documentés� La collection Berger est ainsi entièrement hors contexte� De nombreuses opérations archéologiques que nous avons abordées sont toujours en cours, ou n’ont pas encore fait l’objet de rapports de synthèse ou de publications. D’où les nombreuses dificultés pour faire le lien entre les objets et les structures, ce qui a accru la complexité de l’analyse� Sans compter que de nombreux objets ont été découverts hors contexte, lors d’opération de décapage ou
de fouilles non documentées� Cependant, il ressort clairement que les catégories fonctionnelles recensées ici sont essentiellement associées à des contextes de travail des métaux, plus particulièrement la phase de transformation� Une problématique émerge donc naturellement : dans quelle mesure les supports de frappe, les abrasifs et brunissoirs, les outils d’aiguisage et les outils de broyage, principalement sous leur forme lithique, sont-ils des marqueurs des activités de travail des métaux ? En effet, une catégorie fonctionnelle d’outil est rarement propre à un domaine d’activité� Il convient d’analyser celles-ci en profondeur pour tenter de déterminer dans quelle mesure il est possible de les associer à une activité précise et éventuellement de les utiliser comme marqueurs de cette même activité� Dans la mesure où les supports de frappe, les abrasifs et brunissoirs, les outils d’aiguisage et de broyage peuvent être reliés au travail du métal, quelles informations peuvent-ils nous apporter sur les techniques de mise en forme et les productions ?
Pour répondre à ces questions, nous avons dû mettre au point une méthode d’analyse adaptée à un objet d’étude polymorphe, à partir de laquelle nous avons élaboré un outil d’analyse sous forme d’une base de données� À partir de ce socle commun, chaque catégorie fonctionnelle a été abordée de façon indépendante, de façon aussi exhaustive que possible : identiication fonctionnelle, fonctionnement et aspects culturels� Ce travail a été effectué essentiellement à partir de l’analyse structurelle des outils, étayée par une analyse macro-tracéologique des traces d’utilisation� Quelques comparaisons ethnographiques et données iconographiques ont été convoquées pour aborder les questions
de postures liées aux outils� Des expérimentations de portée limitée ont également étés menées. Elles nous ont permis de vériier quelques hypothèses, mais également de poser les bases d’axes de recherche sur les propriétés des matériaux, qui devront être développées ultérieurement dans un cadre pluridisciplinaire� Audelà du travail sur les catégories de mobilier, des problématiques d’ordre plus général ont également été abordées� La première concerne les sources d’approvisionnement en matériaux lithiques, mises en relation avec l’exploitation d’un territoire autour d’un site et les circuits d’échanges auquel il est raccordé� La seconde analyse l’apport de l’outillage lithique pour la caractérisation des cellules de production d’objets en métal, à partir de l’analyse du site le mieux documenté de notre corpus: le Lycée militaire à Autun (Saône-et-Loire)�