Contrairement aux outils en pierre taillée, auxquels les meules sont technologiquement et conceptuellement liées (Runnels 1985), les ensembles de meules découverts sur les sites archéologiques ne contiennent presque jamais de déchets de fabrication. De ce fait, il est clair depuis longtemps qu’il s’agit presque toujours de produits issus d’une fabrication hors site, les outils finis étant importés. Cette hypothèse d’importation est d’ailleurs généralement étayée par les matières premières exogènes – basaltes, grès, phosphorites – utilisées pour la fabrication de la plupart des artefacts. Cependant, même lorsque les sources générales de matières premières peuvent être identifiées par des méthodes physiques, la découverte et l’identification des carrières et des ateliers restent difficiles. Pour ces raisons, entre autres, la reconstitution des contextes et des mécanismes de production et de commerce des meules est encore peu documentée au Proche-Orient (Schneider 1996 : 299). Nous ne disposons pas de matériaux permettant de reconstituer une chaîne d’opérants au sens plein du terme (par exemple, Sellet 1993). Cette étude vise à reconstituer le système de production et de distribution des meules au début de l’âge du bronze dans le Néguev. Différentes étapes du cycle de production et de consommation de ces meules, principalement en grès quartzitique (mais aussi en grès ferrugineux), se déroulaient sur différents sites. Le processus débutait par l’extraction et le débitage préliminaire dans des ateliers primaires. De là, des blocs de matériaux aux dimensions appropriées étaient transportés vers des sites de production secondaires pour y être finis. Ces meules étaient intégrées à un système d’échange pastoral reliant les campements du Néguev central entre eux et aux centres plus importants, notamment Arad. Notre étude porte sur des ensembles de grès, composés de déchets et d’outils finis, provenant de trois sites : 1. Le site du Chameau (Rosen 1997a, Rosen et Schneider 2001 ; Rosen 2003), 2. Rekhes Nafha (Saidel 2002) et 3. Ramat Saharonim (Abadi 2003).